Si je suis né en Espagne, c'est grâce à cette vieille Renault qui a conduit mon père en exil en 1940.
La voiture avait appartenu à mon grand-père, commerçant en vins à Beaune. A son décès, mon père l'a héritée, ainsi que le petit commerce de vins, mais les affaires, loin d'être fleurissantes à la veille de la Deuxième guerre mondiale, ont poussé mon père à liquider les biens familiaux.
Fuyant l'occupation, mon père a embarqué avec sa Renault dans un cargo portugais couvrant la ligne Le Caire - Lisbonne, qui s'approvisionnait à Marseille. Faisant escale à Barcelone, mon père a décidé de quitter le cargo sans parler un mot d'espagnol. Après quelques difficultés avec les autorités locales, mon père s'est installé finalement à Cambrils, en ouvrant un petit restaurant. C'est à Cambrils où il a connu et épousé ma mère, fille d'un docteur d'une ville voisine. A l'époque, la région était encore épargnée par l'assaut du tourisme qui devrait suivre.
Quand cette photo de ma mère et de la Renault a été prise, je n'étais pas encore né. J'ai retrouvé le cliché en piteux état chez mon oncle, frère aîné de ma mère, peu avant sa disparition. Lui aussi était médecin et photographe amateur. C'est très vraisemblablement lui qui a prise la photo en été 1950, lors d'une excursion à l'Ampurdan.
Je ne garde pas de souvenir direct de la Renault, remplacée très probablement peu après ma naissance. Je n'ai jamais retrouvé sa trace.
Si nací en España, fue gracias a este viejo Renault que condujo a mi padre al exilio en 1940.
El coche había sido de mi abuelo, comerciante de vinos en Beaune. A su muerte, mi padre lo heredó, junto con el pequeño comercio de vinos. Pero los negocios, que distaban mucho de ser florecientes en vísperas de la Segunda Guerra Mundial, forzaron a mi padre a liquidar los bienes familiares.
Huyendo de la ocupación, mi padre embarcó con su Renault en un cargo portugués que cubría la línea El Cairo - Lisboa y se aprovisionaba en Marsella. Aprovechando la escala del cargo en Barcelona, mi padre decidió desembarcar sin hablar una palabra de español y después de algunas dificultades con las autoridades locales se estableció finalmente en Cambrils, abriendo un pequeño restaurante. Fue en Cambrils donde conoció a mi madre, hija de un médico de una ciudad próxima, y se casó con ella. En aquella época, la región todavía estaba resguardada del asalto del turismo que vendría poco después.
Yo no había nacido aún cuando se tomó esta foto de mi madre y del Renault. Encontré el negativo en muy mal estado en casa de mi tío, hermano mayor de mi madre, poco antes de su desaparición. También él era médico y fotógrafo aficionado. Seguramente fue mi tío quien hizo la foto en el verano de 1950, durante una excursión al Ampurdán.
No tengo ningún recuerdo directo del Renault, que seguramente fue sustituido poco después de que yo naciera. Nunca he encontrado su pista.